Depuis sa base en Bretagne, le comédien voix off David Richard est toujours prêt à allumer son home studio pour satisfaire une demande croissante d’enregistrements en langue française. Il s’agit des producteurs et studios tous azimuts qui cherchent la qualité, l’authenticité et le prix mais c’est la réactivité qui l’emporte. En effet David est disponible en quelques clicks à partir de son site web, mais aussi à partir de DirectVoices.com, le premier site français dédié aux comédiens voix off indépendants du monde entier. Des producteurs y peuvent facilement proposer un script aux comédiens sans régler des frais d’agence ou intermédiation. Après un parcours radio, David possède plusieurs cordes dans son arc, tant au niveau de la variété de registres voix, comme au niveau de l’enregistrement et le montage audio. Voici notre interview.
Podcast: Play in new window | Download
C: David, vous travaillez depuis quel endroit en France?
D: Alors là je suis en Bretagne exactement, dans le Finistère.
C: Dans le Finistère, donc assez loin de là ou nous sommes maintenant, je pense qu’il y a 900 km entre nous.
D: Oui à peu près. En plus je suis à la pointe du Finistère, donc à l’extrémité.
C: Donc un speaker, comédien, voix off de la Bretagne qui nous accompagne dans ce Podcast de DirectVoices. David, parlez nous de votre carrière comme comédien voix-off. Comment avez vous commencé dans ce métier ?
D: Alors j’ai commencé, J’étais animateur radio. Je faisais donc des émissions le weekend. Et je faisais régulièrement le spot pub, les jingles des autres animateurs. Et puis juste à cote du studio de la radio, il y avait une boite de production qui était spécialise dans tout ce qui est spot publicitaire radio uniquement. Et puis un jour ils ont eu besoin de ma voix, enfin d’une voix, entre guillemets, donc j’y suis allé et j’ai fais deux trois spot pub et ça a plu. Tout simplement. Donc au fur et à mesure j’ai continué à faire des spot à droite à gauche et tout en restant dans le milieu de la radio. Et puis un jour on m’a dit, pourquoi tu ne te mettrais pas à ton compte tout simplement vu que tu te débrouilles pas si mal que ça? Il y a peut être un petit créneaux à prendre. Donc j’ai investi, je me suis équipé et je me suis mis à mon compte. Et mes premiers spots dates de 1995 à peu près.
C: Quelles transformation avez vous constaté dans ce métier au fil des années?
D: Ce n’est pas des transformations, je dirais plutôt que c’est une invasion (rire). C’est à dire qu’on est énormément sur le marché, ce qui sous entend qu’il faut faire un tri parce que la moindre personne qui estime avoir une belle voix, qui a investi dans un micro, peut se prétendre comédien voix. Il y a eu des systèmes de formations qui sont très biens, donc les gens se sont lancés là-dedans, ont acheté du matériel et se sont dit «tient comme j’ai du talent alors je vais faire ça». Le problème c’est que depuis quelques années on a de tout et de n’importe quoi, tant dans la qualité, tant dans les prix. Donc je dirai que ce n’est pas une évolution positive. C’est à dire qu’on arrive à un marché de gens pseudos comédiens voix. Et même les propres studios, les propres radios se perdent là dedans parce qu’il y a beaucoup trop de monde. Donc qu’on soit nombreux sur le marché c’est bien, il faut qu’il y ai du monde, mais trop à mon avis ça bouffe le marché.
C: La plupart des comédiens ont leur propre studio et à distance, donc ils peuvent proposer leur service de voix off à des clients qui sont un peu partout dans la planète!
D: Exactement. Ça évite les déplacements dans d’autres studios, les intermédiaires. Parce que souvent quand on fait venir un comédien il y a la location du studio, l’ingénieur son, etc. Tandis que l’avantage d’un “home studiste”, comme moi par exemple avec ma cabine, on me passe une commande, je fais mon enregistrement, je traite le son et j’ envoi tout, c’est à dire que la personne se retrouve avec un produit en PAD, prêt à diffuser, tout est nickel.
C: David, au jour le jour, comment travaillez vous? Avez vous une méthode, une routine particulière?
D: Quasiment la même, je reçois mes commandes, je reçois mes textes, je passe dans ma petite cabine, je fais un ou deux essais voix, je nettoie mon son etc. J’envoie au client, il écoute. Si ça plaît tant mieux, si ça plaît pas on refait et puis voila. Il n’y a pas de routine proprement dit dans la mesure ou chaque travail est différent. Après il y a une méthode de travail qui est que j’analyse mon texte, je le travaille, je l’enregistre, je le nettoie, je l’envoie. Ce n’est pas une routine, c’est juste une méthode de travail que j’applique pour chaque demande.
C: Quand on est solo, on est tributaire des e-mail, des appels des clients, donc a un moment donné il faut s’appliquer une certaine routine dans le sens d’un horaire particulier. C’est votre cas ou pas?
D: Les horaires sont en fonction des demandes. Moi je suis disponible quasiment tous les jours, de 8h le matin jusqu’à grand maximum 18/19h et après je fais en fonction de mes demandes et j’organise mon temps en fonction des travaux qui sont à faire. Si je vois que je reçois une grosse production qui va me prendre une heure, je sais que pendant l’après midi je vais me tanquer pendant une heure à faire cette chose. Donc après j’organise ma journée en fonction de ça. Il n’y a pas de régularité, je peux très bien bosser toute une matinée et ne pas bosser l’après midi ou l’inverse : bosser toute une journée, ou ne pas bosser du tout. Ça arrive qu’il n’y a pas de commande un jour. Moi j’ai juste une amplitude horaire, quand je commence, quand je fini et après j’organise mon travail en fonction des demandes.
C: Donc ça s’appelle une souplesse qui est à l’avantage du client et aussi vous même parce que vous avez cette possibilité de vous adapter et de faire d’autres choses quand il n’y a pas de travail.
D: C’est le choix que j’ai pris. C’est à dire que j’ai dis à tout le monde “ je suis à mon compte et je suis disponible, donc à partir de ce moment là allez-y. Donc le but c’est d’être disponible, d’être réactif en fonction de mes client et des demandes, donc les gens savent que s’ils me demandent quelque chose à 8h, à 9h ils vont l’avoir. Après c’est un choix bien sûr.
C: David vous avez un home studio, pouvez vous nous décrire votre configuration?
D: Alors dans la partie enregistrement, j’ai ma cabine, une cabine insonorisée avec ampli, pré-ampli, micro, écran d’ordinateur. Je travaille aussi beaucoup avec l’Ipad car je me sers de l’Ipad pour lire mon texte. Et mon écran et mon ordi servent à enregistrer. Et après je bascule sur le poste sur lequel je suis actuellement, pour faire mon nettoyage: mon dérushage, enlever toutes les petites imperfections, les bruits de bouches etc. Je nettoie mon son. Et après à partir de cette endroit j’envoie à mes clients. Donc en fait je décompose mon travail en deux parties: partie enregistrement spécifique dans la cabine et une partie post nettoyage.
C: Nous avons l’impression que l’art de lire d’une façon convaincante avec la voix posée n’est pas suffisant et qu’il faut maîtriser les rudiments de l’enregistrement et montage numérique, donc il faut maîtriser un peu la technique?
D: Il ne faut pas se cantonner à ne faire que de l’enregistrement. Je sais que la plupart des gens avec qui je travaille veulent le PAD, le prêt à diffuser. C’est à dire qu’ils veulent un produit fini nickel, qu’ils n’aient pas à le retravailler derrière à le nettoyer. Donc ça veut dire qu’il faut que nous, en tant que comédiens voix, avons la maîtrise de tout ce qui est logiciel informatique, ne pas se cantonner à enregistrer uniquement sa voix et l’envoyer comme telle. Donc ça sous entend qu’il faut maîtriser parfaitement les logiciels d’enregistrement, les logiciels de nettoyages. Donc je pense que ça, ça fait partie des cordes qu’on doit avoir à son arc en tant que comédien voix, c’est à dire être capable de jouer un texte mais aussi être capable d’avoir une belle qualité d’enregistrement, de fournir un produit qui est nickel de part tout le traitement qu’on va y faire, donc ça inclut de connaître parfaitement les logiciels et de les maîtriser.
C: Est ce que la technologie numérique actuelle, la technologie audio fait ou bien défait la carrière d’un comédien.
D: Je dirais qu’elle accompagne le comédien. Il faut vivre avec son temps. Maintenant on a des outils qui sont très perfectionnés à condition de faire le bon choix des outils bien sûr. Ce qu’il faut, c’est une complémentarité, c’est à dire qu’un comédien c’est comme un pilote de courses, il va pas faire une course 24h du Mans en 2CV. Il a la voiture qui va bien. Le comédien voix a les outils qui vont bien. Ça va du micro, à de la carte son ou au logiciel. Donc je pense qu’en plus dans ce milieu là, il y a eu beaucoup d’évolution qui ont été faite tant d’un point de vue technique, que d’un point de vue pratique. Je pense que ça sert plutôt le comédien. Comme ça il a tout a portée de main. C’est vrai que c’est de l’investissement malheureusement. Mais quand on investit bien, judicieusement et qu’on sait se servir de ce qu’on a, ça peu aider le comédien, oui.
C: Absolument, parce que le client apprécie beaucoup ces valeurs ajoutées, de fournir un produit avec une acoustique, un niveau de son correct. Ce sont des économies d’échelles on peut dire. Quelle place occupe internet dans votre stratégie commerciale ?
D: Énorme, je dirai à 100% quasiment. Je travaille essentiellement par internet. Mon site internet est une vitrine donc la plupart de mes contacts se font par internet, la plupart des échanges se font par internet, mes travaux je les envoi par internet, mes démarches perso c’est à dire rechercher des clients c’est internet. Donc c’est mon outil de travail internet. C’est à la fois un outil de recherche mais aussi un outil de travail. Je sais que ça occupe 100% de mon activité; je ne pourrais pas travailler sans internet.
C: Il y a plusieurs manières de pénétrer dans cet univers énorme et complexe qu’est internet, ce monde virtuel pourtant avec une réalité derrière, la réalité des potentiels clients. Il y a des comédiens avec leur propre site web comme c’est votre cas, d’autre qui mènent une stratégie dans les réseaux sociaux et qui affichent aussi leur service dans des sites spéciaux, qui sont une sorte de voice bank, ou on peut mettre et proposer des mp3, payant ou pas payant. Quel est votre avis sur les outils internet qui sont à disposition des comédiens pour mettre en valeur et proposer leurs services dans le net ?
D: Justement ce sont des outils donc ça sert à ça. Avoir son propre site internet c’est bien. Ca permet d’avoir une vitrine donc les gens voient ce qu’on est capable de faire. Ils écoutent nos démo, voient notre expérience, notre CV. Mais aussi tout ce qu’il y a à coté que ça soit des sites sur les casting, des voice banks. En plus ce sont souvent des réseaux internationaux. Ça permet de se faire connaître auprès du monde entier. Moi je le fais régulièrement, je suis toujours en recherche à me faire connaître, c’est a dire que dès qu’il y a un site qui propose en effet de se mettre en avant de par son travail, et bien je le fais, j’envoie une démo, un petit CV. Il y a bon nombre de personnes qui travaillent comme ça, qui cherchent des voix via ces sites la. Ils vont bien sûr nos sites professionnels , mais qui vont aussi sur des sites spécialisés de voix, et qui font donc des recherches de voix, je sais pas “je cherche une voix grave, une voix médium ”, ils tapent et donc en fonction des demandes vont sortir des comédiens voix. Donc le but aussi est de se faire connaître à travers ces outils là parce que c’est un complément de notre site professionnel. C’est des outils donc je trouve que c’est une bonne chose. Après il y a du pour et du contre, je pense qu’il faut trier, comme pour tout il faut cibler, il faut trier et il faut se servir des outils maintenant oui.
C: Vous avez commencé, comme moi d’ailleurs dans la radio qui est une école magnifique car ce n’est pas une question de seulement bien présenter, de bien poser la voix, mais il faut maîtriser d’autres paramètres comme le timing, l’interaction avec d’autres personnes, être toujours à l’écoute. On se demande pour les personnes qui veulent démarrer dans cette profession, est ce que vous avez des conseils à donner à tous ces débutant qui peut être nous écoute en ce moment?
D: La radio, c’est une bonne et une mauvaise chose. La radio s’est bien dans la mesure ou ça permet de se familiariser avec tout ce qui est outil, avec la prise de parole derrière le micro. C’est vrai que c’est très bien. Le souci c’est qu’on acquière beaucoup de défauts à la radio. C’est à dire que la plupart des radios maintenant sont formatées. C’est à dire que tous les animateurs ont le même style, on la même voix et quand on sort de ce milieu là on a garder ces mauvais réflexes. Je sais que quand je suis sortis de la radio, j’avais toujours les intonations de radio, ce qu’on appelle les intonations speakers, parler comme ça, a forcer sur la voix. Et ça c’est pas bon quand on fait de la voix off. Derrière les gens disent que c’est insupportable. C’est bien pour faire des spots radios. Si on me demande de faire une voix off pour un documentaire animalier, ça ne va pas aller du tout. Donc c’est bien mais il faut savoir que ça ne fait pas tout, c’est la base. La radio et la voix off sont deux mondes différents. Surtout quand on fait de l’animation, généralement on est soi-même, on présente un disque, tandis que quand on est voix off, il faut jouer, il faut interpréter donc ce sont deux styles différents.