L’enceinte de monitoring est un élément indispensable dans tout studio ou home-studio de voix off. Elle permet la restitution d’un son enregistré ou reçu. Elle représente un point de repère pour tout travail effectué, aussi bien en enregistrement qu’en post-production, et sert à effectuer le contrôle de la qualité sonore.
En tant qu’outil de travail pour professionnel, elle n’est pas conçue dans le même but que les écoutes destinées au grand-public.
Voici la vision de l’ingénieur son de PrimeVoices, Baudoin Ferrand exposant les bases du fonctionnement d’une enceinte et des astuces pour en optimiser le choix et l’usage.
1 – Fonctionnement basique d’une enceinte
L’enceinte de monitoring est conçue globalement comme une enceinte classique, hi-fi ou de puissance. Son rôle est de transformer le signal électrique qu’elle reçoit par les câbles en une énergie acoustique, par le biais des transducteurs (haut-parleur). Ces derniers ont pour mission de déplacer l’air afin de créer des ondes sonores. De ce fait, ils vibrent, se déplacent, avec plus ou moins d’amplitude et de vitesse selon les fréquences qu’ils ont à émettre.
Le problème du transducteur vient du fait qu’il ait à diffuser des fréquences basses et également aiguës. Hors ces fréquences s’étendent sur environ 9 octaves, de 20Hz à 20000Hz. Emettre une telle richesse de fréquence est très compliqué, voire impossible, pour un haut-parleur. C’est pourquoi les fabricants en installent un second. Le premier est chargé de la diffusion de l’aiguë, le second du médium et du grave; on parle alors d’enceinte deux voix. Il existe également des enceintes équipées de trois transducteurs; on parle dans ce cas d’enceinte trois voix. Attention, un nombre plus important de voix ne signifie pas nécessairement une meilleure qualité de restitution sonore car leur construction est plus complexe. Il n’est pas rare de constater que les “trois voix” ne servent qu’au marketing et non à la qualité du son.
Afin de “distribuer” intelligemment les fréquences à émettre dans chacun des transducteurs, les enceintes sont équipées d’un filtre. Celui-ci distribue les fréquences adéquats aux transducteurs. Le fabricant aura dû auparavant choisir à quelle fréquence situer la séparation entre les haut-parleurs; on parle de fréquence de croisement, ou crossover. Il s’agit d’un élément important dans la constitution d’une enceinte et déterminant dans sa qualité finale, tant un nombre important de troubles sonores peuvent être engendrés à cette étape (entre autres des problèmes de phase).
Enfin les enceintes sont souvent équipées d’un évent, autrement appelé “Résonateur de Helmholtz“. Entrant en résonance avec l’enceinte, il a pour principal objectif d’en abaisser la fréquence de coupure basse (la fréquence émise la plus basse). L’enceinte aura donc un son plus grave, et pas une intensité plus importante comme certains peuvent le laisser penser. Il s’agit alors d’une enceinte appelée “bass-reflex”.
La Focal Solo6 be est un bon exemple d’enceinte de monitoring “bass-reflex”; notre studio en est d’ailleurs équipé.
2 – Pourquoi choisir une enceinte de monitoring ?
Une enceinte de monitoring est conçue pour un usage professionnel. C’est un outil. Elle n’a pas pour but de plaire aux oreilles tel que pourrait l’être un système hi-fi. Permettant de travailler le son, elle doit rester la plus neutre possible afin de restituer avec une grande fidélité et précision la source sonore (un enregistrement vocal par exemple dans le cadre d’une voix off). Sa courbe de réponse doit normalement être contenue dans environ +/- 1dB, c’est-à-dire que l’ensemble des fréquences qu’elle émet doivent être diffusées autour d’un 0 de référence et ne pas varier d’intensité de plus ou moins 1dB par rapport à ce 0.
En plus de cette neutralité, les enceintes de monitoring sont le plus souvent amplifiées en interne. D’une part, cela simplifie l’installation et diminue le nombre de câbles à prévoir, mais surtout l’amplification est parfaitement adaptée selon la conception de l’enceinte.
Alors comment choisir une enceinte de monitoring?
-
Il est d’abord nécessaire de connaître ses besoins. Il n’est pas indispensable d’avoir des grosses écoutes alors que la régie est de petite surface (home studio). C’est même en général contre productif. Une enceinte en effet s’exprime à partir d’un certaine niveau de puissance, donc il est inutile de prévoir 400W de puissance si vous ne pouvez jamais les laisser s’exprimer car l’équilibre sonore risque d’être faussé.
-
Il est important de connaître le degré de précision attendu d’une enceinte, parce que toutes ne laissent pas transparaître autant de détails.
-
Enfin il est nécessaire qu’elle vous plaise, même si vous n’écouteriez pas votre dernier ECM avec. C’est une affaire de goût. Pensez bien que vous allez les écouter plusieurs heures par jour. Le choix en enceinte de monitoring est très large, prenez donc le temps d’en écouter un maximum pour pouvoir affiner votre choix.
La marque Quested est réputé dans le monde du monitoring de studio. En illustration, il s’agit de la S6R qui représente un bon rapport qualité-prix.
3 – Optimiser l’installation des enceintes
Une part importante de qualité sonore perçue lors de vos séances d’édition et de mixage provient de votre local. Même si vous possédez des enceintes réputées excellentes, si elles sont mal placées et installées, le son peut rapidement se dégrader.
L’objectif est d’avoir une courbe de réponse en fréquence linéaire à la position d’écoute et de travail. Il est impossible d’avoir cette linéarité sur toute la surface de la pièce. En effet, il est très fréquent qu’il y ait des fréquences fortement atténuées ou accentuées à des endroits donnés de la pièce, non pas à cause des enceintes, mais uniquement de la pièce, et qui vous pousse donc à faire un mauvais traitement à cette fréquence, dégradant le son sans que vous ne vous en rendiez compte.
Quelques règles de base sont à connaître pour éviter les pièges les plus répandus:
-
Les enceintes doivent former avec la tête un triangle équilatéral (les mêmes distances entre les différents éléments).
-
Orienter les enceintes vers les oreilles gauche et droite.
-
Les placer au plus près du mur afin de limiter les réflexions arrières (conduisant à des problèmes de phases); ou les encastrer directement dans le mur si possible.
-
La position de travail ne doit pas se trouver contre un mur, latéral ou de fond de pièce, car ce sont à ces endroits que le son est le plus perturbé, mais si possible au centre avec le plus de distance entre le mur du fond et vous.
-
Installer les enceintes sur des pieds spéciaux indépendants et non sur votre bureau ou surface de travail, à cause de la vibration et des résonances créées par le meuble en lui-même.
La bonne installation de système d’écoute et l’acoustique d’une pièce sont tout deux des sujets à part entière. Ces quelques conseils sont donc basiques, mais s’ils sont respectés, l’écoute sera plus neutre car certains défauts seront en partie évités (et peuvent malheureusement en faire apparaître d’autres…).
Voici la BM5a MK2 de chez Dynaudio. Pour un coût contenu, cette petite enceinte offre des prestations tout à fait correctes. Chez PrimeVoices, nous sommes équipés de la version BM15a qui est un régal pour le travail sur le son.
Prenez donc votre temps, aussi bien pour écouter et choisir vos enceintes que pour les installer. Positionnez vos enceintes à divers endroits, sur différents types de support, testez un maximum de possibilités afin d’affiner votre installation. Votre travail sur le son sera alors plus précis et de meilleur qualité.
Avez-vous rencontré des difficultés lors du choix de votre système d’écoute? En tant que comédien voix off, avez-vous des conseils à apporter au regard de votre expérience? Peut-être n’êtes vous pas d’accord avec certains points abordé ici? N’hésitez pas à nous en faire part!